La fumée s’éléve des collines
Chacun de tes pas sous une chappe de plomb
Laissent s’évaporer leurs empreintes
Le vieux monde se meurt dans un souffle brûlant
Il te l’exhale au visage
Ne lève surtout pas la tête
Sa mort ne peut se regarder en face.
Rome brûle.
Tu as rêvé des sources joyeuses
Babillantes de gouttes rieuses,
La fraîcheur des sous-bois moussus
Les éventails verts des fougères
Tu en cherches les traces clairsemées
Dans les jardins sous surveillance
Où la nature a le droit de cité
Rome brûle.
Tu marches au hasard dans des rues
Qui ont perdu leur mémoire
Se revêtant d’un passé de pacotille
La beauté y est courtisane
Fardée pour maquiller ses failles
Mais elles lézardent déjà
Le mur de nos oublis
Rome brûle.
Tu te souviens du pin géant où le tengu habitait
Le ginkgo millénaire à la chevelure d’or
Ils sont toujours là silencieux sous la chaleur
Ils te regardent t’effacer dans l’air trouble
Au son du vent dans les clochettes
L’eau du temple s’est tarie.
Rome brûle.
Les empereurs sont poussières
Ie soleil levé plus haut qu’eux
N’a que faire de leurs vanités
Vos lettres d’or calligraphiées
Finiront elles aussi calcinées
Ici ou ailleurs tout ce qui se vend
Goutte de mercure dans l’océan
Rome brûle.
Destructeur de la création,
Ecce homo. Vos bonnes intentions?
Papier de riz pour l’incendie!
Sous nos déchets lourds
la terre a cessé de respirer
Nous nous disons civilisés
Mais qu’avons nous su épargner?
Rome brûle.
Nous sommes l’étincelle
Qui a allumé la flamme