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Nocturne au pin rouge

Tu es en train de partir une deuxième fois. Je n’arrive plus à retenir les traits de ton visage. Ne m’en veux pas. Ce n’est pas vraiment que tu n’es plus là. Ta présence est devenue une cicatrice invisible que je ressens parfois. À vouloir en reconnaître ou en délimiter les bords, les souvenirs m’élancent, quand je l’effleure par inadvertance dans mon esprit, à te parler silencieusement comme autrefois.

Autrefois, ce n’était pas si longtemps, d’ailleurs. Je notais à la volée des pensées, des impressions, des images attrapées dans l’instant, que je voulais partager avec toi en bouquets de mots tout frais de vie. Pour te montrer que j’étais là, avec toi, malgré la distance et la maladie, je serais toujours ton amie.

Je le suis.

Je suis aussi exilée de ce pays de notre amitié où le printemps ne refleurira plus, entouré d’une distance de gel désormais infranchissable. Aussi libre que je sois, elle enferme désormais les mots que je t’écris. Tu ne les liras pas.

Tu es devenue une de ces terres lointaines que je porte en moi, dont la nostalgie lancinante ne me quittera plus. Le désir de ton sourire se fige sur une photo commémorative, un dernier message, ce que les autres disent. Je ne peux pas te demander de ne pas me quitter. Tu l’as déjà fait, malgré toi. Moi, je reste dans un paysage mangé par les ombres à chercher la lumière.

Nous ne serons plus jamais ensemble. Mais je n’oublierai pas ce que tu m’as appris à donner. Je rechanterai la vie que tu savais enchanter.

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