
Moi l’enfant qui s’émerveillait de poésie
Je rêvais de nuages, songes et magie
Vos rires m’ont jeté les premières pierres
Vos bouches ont recraché le mot sorcière
Ce n’était pas mon nom
Moi la fille cherchant le rayon lumière
Se rêvant toujours souveraine guerrière
Vos index voulaient brûler la folle fière
Vos ragots s’effilochaient au vent poussières
J’étais l’autre vous me jugiez trop altière
Ce n’était pas mon nom
Moi flâneuse voleuse de nuit d’étoiles
Accrochées sur mes murs pousseuses d’horizon
Comme d’un navire fantôme les voiles
J’imaginais voler dans le ciel d’Orion
Vos regards m’ont couvert de pierres
Vos langues ont vipériné étrangère
Ce n’était pas mon nom
Je ne suis pas d’ici sans doute pas d’ailleurs
Ma place est partout pour peu que j’aie le choix
Peu m’importent les terres, les noms et les lois
Si justice et bonté pondèrent vos peurs
Courtisanes du néant fardées de leurres
Vous pesez l’autre selon le poids de vos mœurs
Ma plume pesant vos cœurs m’a vue dévoreur
Ce n’était pas mon nom
Je suis le juif errant l’inconnu l’incertain
Je suis le vague, la fontaine ensablée
Je suis le chant perdu qui se joue des quatrains
Je ne suis pas d’un lieu ni ne suis d’une lignée
Gardez-vous des gênes que sont les gentilés
Vous m’appeliez sirène sans savoir nager
Ce n’était pas mon nom
J’ai été tant de visages si peu connus
Des choses qu’on regarde sitôt disparues
Le temps de me nommer je n’étais déjà plus
Vivre, c’est un jeu vain où chaque gain se perd
J’ai été enfant, fille, amante, mère,
Ce n’était pas mon nom
Je ne suis pas la somme des jours et des nuits
Mes souvenirs tricheurs autant que les vôtres
N’ont jamais joué la cause des apôtres
Virevoltant au vent sur la route suivie
Tandis que de mon nom lentement vient l’oubli
Il n’en reste pas même le son
Songe j’ai été et songe je perdure
Je ne suis pas faite de pierre qui dure
Ni de soies chamarrées et d’étoffe pure
Je ne suis que moi et ce dont je suis sûre
Vous ne savez pas mon nom